En 2022, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a rappelé à l’ordre CNews pour déséquilibre du temps de parole politique. Le CSA surveille la chaîne depuis plusieurs années en raison d’accusations récurrentes de partialité. Pourtant, certains chiffres montrent une progression constante de l’audience, notamment sur les tranches d’information et de débat.
Les critiques visant CNews oscillent entre dénonciation d’un virage idéologique assumé et défense d’une liberté de ton jugée rare dans le paysage télévisuel français. Cette polarisation alimente des interrogations sur le rôle et l’influence de la chaîne dans la sphère médiatique.
Le positionnement éditorial de CNews : entre information et opinion
La tension règne dans l’univers télévisuel français. La ligne éditoriale de CNews se démarque clairement de celle de ses rivales. Dès l’arrivée de Vincent Bolloré aux commandes, la chaîne a clairement choisi sa voie : devenir une chaîne d’opinion. Ici, les faits ne sont qu’un point de départ : ce sont discussions, éditos, angles assumés qui rythment l’antenne. CNews ne s’en cache pas : la chaîne regarde du côté de Fox News, pionnière américaine de la télévision engagée.
Le matin, Pascal Praud donne le ton. Il orchestre des débats où chacun vient défendre ses idées, parfois avec vigueur, souvent avec passion. La promesse est simple : ouvrir le micro à celles et ceux que l’on n’entendrait pas ailleurs. Ce choix séduit certains téléspectateurs, tout en attisant les critiques. CNews, pour ses partisans, vient combler une absence laissée par les autres chaînes info. Pour ses détracteurs, elle franchit une limite, brouillant la distinction entre information et engagement partisan.
Pour mieux saisir la singularité de l’antenne, voici les caractéristiques qui marquent sa ligne :
- Un ton direct, parfois provocateur
- Des éditorialistes récurrents, reconnus pour leur positionnement politique
- Une programmation qui colle à l’actualité et à ses rebondissements
Ce choix éditorial a fait évoluer la structure des programmes. Les débats prennent le dessus, reléguant les reportages traditionnels à l’arrière-plan. Dès 9h, l’information « brute » laisse place à une succession de talk-shows et de chroniques. Ce n’est plus seulement la mission du journaliste qui s’exprime ici, mais une volonté affichée de défendre un positionnement éditorial singulier, où l’actualité flirte sans complexe avec l’opinion.
Pourquoi la chaîne est-elle perçue comme un relais de l’extrême droite ?
La réputation de CNews comme chaîne extrême ne sort pas de nulle part. Régulièrement, les figures qui occupent l’antenne, Eric Zemmour, Jean Messiha, Guillaume Bigot et d’autres, martèlent des analyses très affirmées sur l’immigration, l’islam ou encore la sécurité. Le choix de consacrer de nombreuses chroniques à l’islamisme ou à l’identité contribue à cette image. À force d’insister sur ces sujets, la frontière entre analyse et militantisme s’amenuise.
Sur l’antenne, un vocabulaire d’extrême droite s’invite fréquemment. On évoque sans détour le « grand remplacement », on désigne l’immigration comme cause de l’insécurité. Les débats, souvent animés, laissent peu de place à la contradiction. Les invités issus d’autres horizons politiques sont rares, ou se retrouvent minoritaires, renforçant l’impression d’un biais idéologique bien ancré.
La chaîne affiche également une proximité avec certains cadres du Rassemblement national. Les éditorialistes reprennent parfois, sans filtre, des arguments empruntés au lexique des identitaires ou du discours anti-immigration. Ce matraquage médiatique crée une tonalité à part dans l’univers des chaînes d’info françaises.
Voici quelques éléments qui nourrissent ce ressenti :
- Présence fréquente de chroniqueurs issus de la sphère identitaire
- Traitement récurrent des sujets liés à l’islam et à l’immigration
- Faible contradiction sur ces thèmes à l’antenne
CNews revendique son autonomie éditoriale. Pourtant, la répétition de ces choix thématiques et l’orientation générale des débats alimentent le constat d’une CNews chaîne extrême.
Débats et polémiques : CNews au cœur de la controverse médiatique
Informer ne suffit plus pour CNews : la chaîne veut provoquer le débat. Sur les plateaux, les discussions s’enflamment. Certains chroniqueurs, connus pour leurs propos tranchés, déclenchent régulièrement des réactions en dehors du petit écran. Le pluralisme annoncé laisse parfois place à une forme de consensus, où les invités partagent des analyses similaires ou des diagnostics voisins sur la société française.
L’Arcom, autorité de contrôle du secteur audiovisuel, intervient régulièrement. Plusieurs mises en demeure et sanctions ponctuent le parcours de la chaîne. Un point revient sans cesse : comment garantir la liberté d’expression sans sacrifier la diversité des points de vue ? Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), devenu Arcom, a déjà mis en garde CNews sur le risque de déséquilibre, notamment lors de débats sur l’immigration ou la sécurité.
En 2023, Reporters sans frontières (RSF) publie un rapport qui pointe la multiplication des polémiques et la tentation d’une forme de censure indirecte : choix des invités limités, thèmes récurrents. Malgré ces critiques, la chaîne maintient une audience solide. La stratégie de la confrontation continue d’attirer un public fidèle. Et la question s’impose : les chaînes d’information doivent-elles avant tout informer… ou diviser ?
Pluralité des voix : la place de CNews dans le paysage audiovisuel français
CNews s’est installée durablement parmi les chaînes d’information françaises. Face à BFMTV et LCI, elle impose son tempo, ses thèmes et une couleur éditoriale qui ne ressemble à aucune autre. Le paysage audiovisuel a changé de visage : l’opinion gagne du terrain, parfois au détriment de l’analyse approfondie.
Contrairement à France Info, qui fait le choix de la neutralité et d’une présentation linéaire des sujets, CNews mise tout sur le débat, le commentaire à chaud, la prise de position. De nombreux téléspectateurs recherchent précisément cette énergie et ces discussions affirmées. En 2023, la chaîne s’est hissée dans le peloton de tête des audiences des chaînes d’info sur la TNT.
Ce bouleversement s’accompagne d’une concentration croissante des médias, sous l’impulsion de quelques grands groupes privés. La question du pluralisme politique et de la diversité éditoriale se pose avec une acuité nouvelle. Là où France Télévisions défend un modèle de service public, CNews revendique une différence forte, accentuant la polarisation du débat public.
Son modèle éditorial, inspiré de méthodes venues d’ailleurs, renouvelle l’information en continu : formats courts, bandeaux incisifs, choix assumé de l’éditorialisation. Dans cette course à l’attention, la chaîne a trouvé sa place, quitte à bousculer la nuance. Les chiffres d’audience et les recettes publicitaires suivent cette dynamique, portées par une fidélisation qui ne se dément pas.
Le paysage audiovisuel français ne sera plus jamais tout à fait le même. La question reste ouverte : jusqu’où ira la chaîne dans cette quête de singularité et quelles lignes la télévision d’opinion finira-t-elle par tracer pour tout le secteur ?


